Genève est unique en Suisse par la très grande qualité et diversité de l’habitat à caractère urbain qui la compose. Depuis le XVIe siècle, la ville a été confrontée à différentes périodes d’expansion rapide et à une forte densité; elle a su y répondre d’une manière pertinente.
Nous parlons aujourd’hui de crise du logement, de développement soutenu et du manque de bassin de croissance pour le territoire de la ville, autant de sujets qui sont d’actualité à Genève depuis bientôt un demi-millénaire. Comme toute architecture urbaine, les exemples de ces différentes époques offrent des réponses précises aux contraintes et, dans les meilleurs cas, une inventivité face aux limitations.
Offrir une documentation précise sur des exemples clairs enrichit le débat sur la production de logements tout en offrant une profondeur de champ identitaire à l’architecture urbaine de Genève.
Ancrés dans cette dimension historique, tous les cahiers proposent le regard singulier d’un architecte contemporain sur la substance typologique d’un ensemble urbain construit au moment où l’intensité du développement du logement dans la ville est forte.
Présentation du volume
L’ensemble est constitué de six immeubles de logement et un immeuble administratif : il comprend 60-80 appartements, un grand parking souterrain sur deux niveaux, plusieurs cabinets médicaux, les Services sociaux de la commune de Carouge et le Centre paroissial Protestant.
Réalisé entre 1975 et 1980, le projet d'Arthur Bugna interprète de manière très originale le site, pris entre les îlots fermés du Vieux Carouge et les barres modernistes des Tours, grâce à une morphologie semi-ouverte, qui articule d’une part une double cour-jardin qui s’intègre au réseau des chemins piétons publics, et d’autre part un socle minéral aveugle tout au long du trottoir. Au-dessus du socle, les immeubles se déploient selon une géométrie irrégulière dans une extrême variété de typologies d’appartements et de gabarits.
La contribution de ce projet à la forme et la vie de la ville, la qualité des logements, la satisfaction et le sentiment d’appartenance manifestés par les locataires et, finalement, les partis pris morphologiques, constructifs et expressifs, en font une leçon d’architecture urbaine suisse qui mérite d’être étudiée et célébrée.